Actualité/Haiti/Économie
Publié le 9/15/2026 à 10:00 am
Par Henry Robert Pierre Louis Journaliste de caphaitiennews.com
Les Émirats arabes unis ont annoncé le 12 septembre 2026 une aide humanitaire de 10 millions de dollars, qui sera mise en œuvre par le Croissant-Rouge émirien pour répondre à l’urgence humanitaire en Haïti. Nourriture, abris, médicaments, eau et assainissement : les besoins sont réels et immédiats. Les personnes déplacées et les populations les plus vulnérables figurent parmi les bénéficiaires prioritaires. Mais une question revient derrière chaque nouvelle enveloppe consacrée à l’urgence : combien de temps Haïti peut-il continuer à traiter les conséquences de ses crises sans construire suffisamment de mécanismes capables d’en réduire les causes et les effets ?
L’aide émirienne arrive dans un contexte où environ 1,5 million de personnes sont déplacées et où l’accès aux services essentiels reste fortement perturbé. Le Croissant-Rouge émirien affirme avoir terminé les préparatifs de la première phase de son intervention. Pour les populations qui manquent de nourriture, de médicaments, d’eau ou d’abris, l’urgence ne peut évidemment pas attendre un plan de développement à long terme. L’aide peut sauver des vies.
Mais l’urgence ne devrait pas empêcher une autre réflexion. Que restera-t-il lorsque les 10 millions de dollars auront été dépensés ? Pour l’instant, aucun calendrier détaillé de décaissement, aucune répartition budgétaire par secteur, aucun territoire bénéficiaire précis, aucun partenaire haïtien ni mécanisme public de suivi n’ont été annoncés.
Cela ne signifie pas que l’aide sera mal utilisée. Cela signifie simplement qu’une annonce de 10 millions de dollars ne permet pas encore de mesurer son impact. Et la question dépasse cette seule enveloppe.
Lorsque les crises se prolongent, l’aide humanitaire risque de devenir un mécanisme permanent de gestion de l’urgence : nourrir aujourd’hui, héberger demain, soigner après-demain, puis recommencer lorsque la situation se détériore. Sans planification permettant de relier l’urgence à la reconstruction, peut-on réellement s’attendre à des résultats durables ?
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre aider maintenant et planifier pour demain. Il faudrait pouvoir faire les deux : protéger les populations immédiatement tout en renforçant les institutions, les infrastructures et les capacités locales qui doivent progressivement réduire la dépendance à l’assistance.
Les 10 millions de dollars annoncés par les Émirats arabes unis constituent une ressource supplémentaire importante dans une crise où les besoins dépassent largement les moyens disponibles. Mais le montant ne devrait pas être la seule information que l’on retient. Il faudra regarder où l’aide arrive, combien de personnes elle atteint, ce qu’elle finance et ce qu’elle laisse derrière elle. Car recevoir de l’aide peut répondre à une urgence. Sortir durablement de l’urgence exige autre chose : une direction, des institutions capables d’agir et une planification qui transforme chaque intervention en une étape vers davantage d’autonomie. Après des années à financer les conséquences des crises haïtiennes, qui finance — et surtout qui construit — le plan permettant d’en sortir ?
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